samedi 27 janvier 2018

La Passe-Miroir - Tome 1 : Les Fiancés de l'hiver

Auteur : Christelle Dabos

Édition : Gallimard Jeunesse (site)

Pages : 519

Prix : 18 €

Public : 12 ans et +

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Résumé :

Sous son écharpe élimée et ses lunettes de myope, Ophélie cache des dons singuliers : elle peut lire le passé des objets et traverser les miroirs. Elle vit paisiblement sur l'Arche d'Anima quand on la fiance à Thorn, du puissant clan des Dragons. La jeune fille doit quitter sa famille et le suivre à la Citacielle, capitale flottante du Pôle. À quelle fin a-t-elle été choisie ? Pourquoi doit-elle dissimuler sa véritable identité ? Sans le savoir, Ophélie devient le jouet d'un complot mortel.


L'AVIS DE LA TORTIONNAIRE :


Si je me souviens bien (ce qui n'est pas toujours le cas...), j'ai survolé ce premier tome lorsqu'il était disponible à la lecture en tant que participant au concours premier roman Gallimard. C'est d'ailleurs le seul que je suis allée lire car c'était le synopsis le plus intéressant à mes yeux. Après, le roman étant disponible uniquement en ligne et la lecture sur PC étant une horreur pour mon crâne, je n'avais fait que le survoler. Heureusement, j'ai été ravie d'apprendre à la fin du concours que ce roman avait gagné ! Bref, tout ça pour dire que, même si j'ai mis longtemps à l'acquérir, cet achat était prévu depuis belle lurette.

Dès le premier chapitre, ce qui saute immédiatement aux yeux c'est : l'univers. L'imaginaire sans limite de l'auteur a concocté un monde aux multiples influences. Harry Potter et Miyazaki font parti entre autres des noms qui m'ont traversé l'esprit. Un bon point qui m'a rappelé l'une de mes récentes lecture Enfant du Chaos d'Eva Simonin.
J'ai apprécié en particulier les influences historiques de l'univers, que ce soit au niveau des costumes, des décors et des mœurs. Le Pôle est d'ailleurs une arche de faux-semblants, de tromperies et de manipulations jusque dans ses décors. L'univers est une véritable découverte, il est unique en son genre et pousse toujours plus loin les limites de l'imagination.

Du côté des personnages, Ophélie a, en tant qu'héroïne, tout à fait rempli le contrat pour moi. Extérieurement, elle est très fragile, et la pauvre n'y peut pas grand chose, mais elle est dotée d'un mental d'acier. Elle ne parle que très peu, mais si elle doit dire quelque chose elle saura se faire entendre. Discrète, silencieuse, on pourrait la croire à tort soumise et faible de caractère, mais il n'en est rien, et Thorn en fera les frais. J'ai apprécié voir la timidité et la discrétion ne pas être forcément associé à un caractère malléable. Ces deux traits de caractère n'empêche pas d'avoir de fortes opinions. Elle ne parle certes pas à tort et à travers, n'est pas une tête brûlée, mais elle connaît ses valeurs et ne laissera personne les lui enlever.
C'est donc une héroïne comme je n'en ai lu nulle part ailleurs, et ça fait du bien ! Surtout que je m'attache rarement aux héros, mais cette petite Ophélie, je l'aime bien. Je parviens à la comprendre, à m'indigner contre les gens qui la méprisent. Certainement car elle est pourvue de traits de caractère que la société dénigre mais auxquels j'ai pu m'identifier.

Venons-en maintenant au sujet épineux qu'est Thorn (il m'a fallu quelques secondes pour me rendre compte de ce jeu de mots non voulu....). Autant vous avouer que, contrairement à Ophélie, on ne peut pas dire qu'il m'ait fait bonne impression dès le début. Impoli, sec, méprisant et taiseux, on peut dire qu'il en tient une bonne couche ! J'aurais aimé que l'auteur nous fasse quand même un peu rêver ne serait-ce que physiquement (superficialité, bonjour) parce que sa personnalité m'a fait l'effet d'une douche à température négative.
Ce sont dans les moments où il se décompose, où il baisse sa garde que je me suis finalement surprise à l'apprécier. Car ce sont dans ses moments de vulnérabilité (somme toute relative...) que l'on voit l'homme brisé derrière la façade d'acier. La découverte de son passé plus tard dans le roman permet de mieux le comprendre (même si cela n'excuse pas tout !). Sa vie a tout d'un cauchemar, et ce, depuis sa naissance. Il a été forgé dans dans la souffrance et le rejet et cela l'a rendu plus dur qu'un roc.
Malgré des débuts compliqués, j'ai donc fini par apprécié la complexité de ce personnage. Et vu le caractère de Thorn, j'avais peur que celui-ci soit trop silencieux, mais s'il l'est bien au début, il finit par prendre sur lui au fil du roman et par communiquer (même si l'on voit qu'il se fait violence).

Et à mes yeux, la relation entre Thorn et Ophélie est parfaitement bien menée. Voir Thorn perdre ses moyens est un pur délice tant il se montre froid et inflexible la plupart du temps. Et pour une fois le rôle féminin est tout sauf attirée par le rôle masculin. Il est d'ailleurs curieux et surprenant de voir le plus froid des deux éprouver plus de sentiments qu'il ne le voudrait quand l'héroïne n'est pas du tout intéressée et n'en fait pas mystère.
Ce début de romance a dans son évolution un air d'Orgueil et préjugés, ce qui n'est pas du tout pour me déplaire. Bien au contraire. Je regrette simplement que les rencontres ne soient pas plus nombreuses entre eux et de ne pas savoir quand ont commencé à évoluer les sentiments de Thorn à l'égard d'Ophélie. La romance n'en est qu'à ses balbutiements, tout reste à faire, ce qui est parfait pour un premier tome. Leur relation n'est pas envahissante et tout sauf mielleuse. Elle est si discrète que chaque mot, chaque regard, chaque hésitation revêt une importance. Cela dit, l'intrigue ne repose pas non plus sur leur histoire et pourrait tout à faire exister sans.

Concernant les autres personnages, même si certains d'entre eux paraissent simplistes au début (la famille d'Ophélie notamment), l'auteur finit toujours par creuser un peu plus profond et par déterrer des aspects positifs chez chacun. Ce fut le cas par exemple pour la tante d'Ophélie, que je trouvais très superficielle comme personnage au début mais que l'on découvre autrement par la suite.
Chaque protagoniste a deux faces et beaucoup d'habitants du Pôle sont si tordus qu'on ne sait plus quel est leur vrai visage. Personnellement, c'est Archibald que j'aimerais beaucoup découvrir plus avant. Il a tout d'un chapelier fou, mais si l'on creuse, je suis persuadée de trouver un aspect plus profond et sérieux chez lui, et c'est ce qui m'intéresse le plus.
In fine, je suis plutôt satisfaite du traitement des personnages. Certains cachent même si bien leur jeu que je me suis fait bien avoir.

L'intrigue, si elle ne contient pas d'action à proprement parler, est tout de même très addictive. On a plutôt affaire à une intrigue politique tout en secrets, mensonges, manipulations, apparences et assassinats.
Ophélie est plongée dans un bien sombre guêpier à cause de Thorn. La pauvre va en prendre plein la figure. Je me demande encore comment elle réussi à garder sa santé mentale et physique ! Heureusement, même si elle doit se méfier de tout et tout le monde, elle a des personnes sur qui compter.

Narré à la troisième personne, du point de vue d'Ophélie, l'apport d'autres points de vue ne m'a curieusement pas manqué, le roman étant plutôt bien complet (si ce n'est que j'aurais aimé avoir accès à l'évolution des sentiments de Thorn). Et concernant le style, je n'ai rien à redire, c'est un très bon équilibre et une belle façade qui colle à l'univers dévoilé.

EN BREF :

Une héroïne qui sous sa discrétion et ses silences ne s'en laisse pas compter, une relation houleuse qui ne fait que démarrer, un univers unique et surprenant, une intrigue mystérieuse et palpitante et des personnages complexes et ambivalents. Un bon premier tome !


JAUGE DE LA TORTIONNAIRE :


LA TORTIONNAIRE VOUS EN DIT PLUS...

  • Ce livre est le premier tome d'une saga de 4 tomes.
  • Le tome 2 Les Disparus du Clairedelune et le tome 3 La Mémoire de Babel sont déjà disponibles chez Gallimard Jeunesse.

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